Dans une tribune sans fard, le député national Lambert Mende Omalanga dresse le constat implacable d’une Kinshasa défigurée par le désordre, l’incivisme et l’abdication de l’autorité publique. Chaussées éventrées, emprises publiques confisquées, marchés-pirates, circulation anarchique, urbanisation suicidaire : la capitale congolaise, miroir grossissant des dérives nationales, est devenue une ville cruelle, étouffante et dangereuse pour ses habitants. Pour Lambert Mende, il ne s’agit plus de simples dysfonctionnements, mais d’une crise vitale, fruit d’une gouvernance déficitaire où l’État a renoncé à imposer la norme. Entre responsabilité politique, faillite institutionnelle et urgence d’une thérapie de choc, cette analyse sonne comme un réquisitoire sévère et un appel pressant à sauver Kinshasa avant l’irréversible.
KINSHASA : L’ECOSYSTEME CHAOTIQUE QUI TUE
Le gouvernement central et la ville-province de Kinshasa n’en font manifestement pas assez pour rendre la capitale rd congolaise viable et attractive. Les chaussées et les trottoirs jonchés de nids-de-poule et de détritus sont envahis par des nuées de colporteurs informels revendiquant une sorte de ‘’droit à des revenus financiers’’ pour justifier l’empiètement illicite des emprises publiques. Les marchés-pirates, gargotes et garages de fortune obstruent le moindre espace public, au grand dam des usagers.
Une pagaille indescriptible s’observe sur les artères, avenues et boulevards, suscitant une angoissante impression d’étouffement.
L’impuissance des représentants des pouvoirs publics a fini par octroyer à cette cohue un statut d’attribut culturel dans l’univers mental de la plupart des Congolais. Dans cette chienlit généralisée, l’ordre relève de l’exceptionnel : bandes de circulation, feux de signalisation, priorités, limitation de vitesse ou du poids à l’essieu sont relégués aux oubliettes comme des anachronismes.
L’aménagement calamiteux des espaces urbains (érection d’immeubles sur des sites non aedificandi) se paye cash par des glissements tragiques de terrain et des érosions qui défigurent la ville et réduisent à la portion congrue les superficies utiles.
Ville impure et cruelle
Dans sa livraison du 30 décembre dernier consacrée aux dysfonctionnements qui démantèlent notre capitale, le site ENQUÊTENEWS.INFO a affiché une revue désabusée des maux qui anéantissent les perspectives d’émergence et de développement de la République Démocratique du Congo dont Kinshasa est le miroir. « Ce matin comme tant d’autres, plus d’une heure immobile dans les embouteillages irrationnels de Kinshasa. Le moteur chauffe, les klaxons s’épuisent, le temps se dissout. Et je pense à La Ville cruelle d’Eza Boto (Mongo Beti)», peut-on lire en liminaire de cette chronique. Une allusion à l’œuvre majeure du célèbre écrivain et intellectuel engagé camerounais qui s’était voué jusqu’à sa mort en 2001 à la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme.

L’auteur de l’article attire l’attention sur la symétrie entre l’amère désillusion face à l’oppression coloniale décrite dans la fiction léguée à la postérité par Mongo Beti (alias Eza Boto) et le désarroi du Congolais lambda face au déficit de l’ordre public dans notre mégapole. Une situation provoquée, note-t-il, par «une gouvernance de la ville qui a renoncé à la raison de la gouverner, sauf au pouvoir de l’exploiter». A raison, il compare une ville à un corps humain disposant en propre de «ses organes, ses nerfs, ses poumons et ses voies de circulation sanguine qui sont des veines. Quand les veines se bouchent, le corps souffre. Quand elles se ferment, le corps meurt. Kinshasa est en train de faire un infarctus à ciel ouvert sous le regard du monde entier. Ses artères sont saturés, ses capillaires rompus, son sang (le peuple en mouvement) n’arrive plus à irriguer la ville. Ce n’est pas seulement une question de circulation : c’est une crise vitale qui appelle l’intervention d’un ‘’cardiologue de la ville’’».
A suivre

