Entre mémoire des conflits et stratégie de communication : le 23 mars choisi par Joseph Kabila
Spread the love

L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, est sorti de son silence à travers une interview accordée à La Libre Belgique, rendue publique le 23 mars 2026. Une date loin d’être anodine dans l’histoire récente du pays, et qui interroge sur l’intention politique derrière ce choix.

Le 23 mars est en effet chargé de symboles dans la mémoire des conflits à l’est de la RDC. Le 23 mars 2009, un accord de paix est conclu entre le gouvernement congolais et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), avec pour objectif l’intégration des rebelles dans les forces armées et la stabilisation du Nord-Kivu.

Trois ans plus tard, le 23 mars 2012, naît le Mouvement du 23 mars (M23), formé en grande partie d’anciens combattants du CNDP. Ces derniers accusent alors Kinshasa de ne pas avoir respecté les engagements de l’accord de 2009.

Depuis, ce groupe rebelle est au cœur de l’instabilité persistante dans la région, sur fond d’accusations récurrentes de soutien rwandais, fermement démenties par Kigali.
Dans ce contexte historique et sécuritaire, la prise de parole de Joseph Kabila à cette date précise apparaît comme un acte de communication politique soigneusement calibré, bien qu’aucune explication officielle n’ait été avancée.

L’intervention de l’ancien chef de l’État intervient alors que la situation sécuritaire dans l’est du pays demeure préoccupante, marquée par la résurgence des violences et les tensions régionales.

Dans son entretien, Joseph Kabila, condamné par la justice congolaise, appelle à la mobilisation populaire contre un projet de révision constitutionnelle, en s’appuyant sur l’article 64 de la Constitution. Il alerte également sur les risques d’une dérive majeure du pays.

 » Beaucoup évoquent la balkanisation ; moi, je parle de la soudanisation de la crise de la RDC. Il existe des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a conduit à l’implosion du Soudan « , affirme-t-il.

Une déclaration forte, qui inscrit son discours dans une logique d’alerte nationale, tout en ravivant les débats sur ses intentions politiques et son positionnement dans le contexte actuel.

Dès lors, difficile de voir dans le choix du 23 mars une simple coïncidence. Entre rappel historique et message politique, cette prise de parole s’inscrit dans une stratégie de communication qui semble vouloir peser à la fois sur l’opinion publique nationale et sur les équilibres régionaux.


Martin Lunyengu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *