Dans la République très Démocratique du Congo, on ne compte plus les scandales de corruption, de concussion et de détournement. Des milliards s’évaporent sans qu’aucune sanction ne suive.
Chose étonnante pour une nation qui prône l’État de droit et qui a fait de la lutte contre les antivaleurs son cheval de bataille. Force est de constater que dans cette confusion, l’Assemblée Nationale se dérobe allègrement de ses responsabilités constitutionnelles : voter les lois et contrôler la gestion de la res publica en commençant par le Gouvernement, les entreprises publiques et les établissements publics.

On en arrive à douter sérieusement du rôle des 500 députés censés porter la voix du peuple.
Pour une grande partie de l’opinion, les élus de la chambre basse tournent le dos aux véritables préoccupations de la population au profit de leurs intérêts privés. De plus en plus, l’Hémicycle du Palais de Lingwala est perçu comme un espace où les présumés détourneurs agissent en toute impunité, protégés par un rideau de complicité politique bien dressé.

Le cas le plus accablant du moment est celui du Ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi.
Au cœur du dossier ,une enveloppe de 57 millions de dollars américains débloquée par la Banque Africaine de Développement (BAD) pour financer l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business. De l’argent frais qui devait donner de l’espoir à une jeunesse désœuvrée.
Convoqué devant la représentation nationale le mercredi 21 octobre dernier, le ministre, gestionnaire principal de ces fonds, n’a pas convaincu. Loin de là.
Face aux députés, il affirme avoir créé près de 200 entreprises, dont plus de 170 dans la seule province du Kongo Central. Une déclaration qui a laissé la salle perplexe. Aucune donnée disponible, aucun témoignage de terrain, aucun bon sens ne corrobore ces chiffres.
Pour la petite histoire, l’affaire avait d’abord fait l’objet d’une question orale avec débat initiée par la Députée Hermione Bolumbe (Mont-Amba, UDPS/Kibasa), avant de se transformer logiquement en motion de défiance.
Le plus préoccupant n’est pas la défense hasardeuse du ministre, mais ce qui a suivi.
Une série de messages de soutien, émanant d’organisations de la province d’origine du ministre, a inondé la capitale. Des messages qui influencent, pour ne pas dire menacent, les députés qui oseraient sanctionner le mis en cause.
Plus inquiétant encore : certains élus avouent attendre le mot d’ordre de leur majorité politique avant de se prononcer. Comme si la vérité comptable devait passer par le filtre d’un parti.
Jusqu’à quand l’Assemblée Nationale cessera-t-elle d’être perçue comme une caisse de résonance d’une majorité complice, même lorsque des éléments probants et accablants sont soumis à son examen ?
L’opinion n’a pas la mémoire courte. Elle se souvient de la motion visant le Vice-Premier Ministre chargé de l’Intérieur sur l’insécurité persistante dans nos grandes villes. Une initiative légitime, étouffée par la coalition Présidentielle, alors que les Kulunas, les braquages et les enlèvements continuent de endeuiller les familles.
Aujourd’hui, la balle est dans le camp des députés nationaux. Le choix est clair et historique : protéger un membre de l’équipe Suminwa au nom de l’appartenance politique, ou exercer pleinement leur mission de contrôle pour que toute la lumière soit faite sur la gestion des fonds destinés à la jeunesse congolaise.
L’enjeu est de taille : ces 57 millions ont-ils réellement financé des projets ? Ces 200 entreprises existent-elles ou ne sont-elles que des coquilles vides sur papier ?
L’Assemblée Nationale sera-t-elle à la hauteur de sa mission ou donnera-t-elle une nouvelle fois l’impression que le Palais de Lingwala est devenu la caverne d’Ali Baba ?
La Rédaction

